{"id":1237,"date":"2020-01-13T19:25:18","date_gmt":"2020-01-13T18:25:18","guid":{"rendered":"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/?p=1237"},"modified":"2020-01-13T19:25:18","modified_gmt":"2020-01-13T18:25:18","slug":"joker","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/2020\/01\/13\/joker\/","title":{"rendered":"Joker"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1238\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/Joker.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"563\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/Joker.jpg 1000w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/Joker-300x169.jpg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/Joker-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/Joker-150x84.jpg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/Joker-768x432.jpg 768w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/Joker-1536x864.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1075 size-full\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2019\/12\/Rating-35-e1578868470262.png\" alt=\"\" width=\"119\" height=\"30\" \/><\/p>\n<p><em>Cette critique a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans le journal Le Collectif. Pour consulter la critique originale, <a href=\"http:\/\/www.lecollectif.ca\/joker-un-film-paradoxal\/\">cliquez ici<\/a>.<\/em><\/p>\n<p><strong>Le plus r\u00e9cent projet de Todd Phillips (la trilogie <em>The Hangover<\/em>) a fait couler beaucoup d\u2019encre depuis sa premi\u00e8re mondiale \u00e0 la Mostra de Venise en ao\u00fbt dernier. R\u00e9compens\u00e9 du Golden Lion, prix remis au meilleur film, il n\u2019a pas cess\u00e9 depuis de polariser son auditoire, le qualifiant soit de chef d\u2019\u0153uvre ou de navet, sans demi-mesure apparente. Si une telle r\u00e9ception peut sembler \u00e9trange, il suffit d\u2019un visionnement pour comprendre tout le paradoxe entourant <em>Joker<\/em>. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Avant tout un film d\u2019auteur<\/strong><\/p>\n<p>Le film suit Arthur Fleck (Joaquin Phoenix), un com\u00e9dien qui aspire \u00e0 la sc\u00e8ne, mais qui pour l\u2019instant gagne sa vie comme clown. Il est \u00e9galement aux prises avec des probl\u00e8mes de sant\u00e9 mentale ; il est atteint du syndrome pseudo-bulbaire (une condition qui implique des \u00e9pisodes de rires incontr\u00f4lables), ce qui lui vaut d\u2019\u00eatre suivi par une th\u00e9rapeute qui lui prescrit des m\u00e9dicaments. Fleck vit avec sa m\u00e8re Penny (Frances Conroy) dans un appartement crasseux de Gotham. Cette ville, corrompue et hautement criminelle, ne semble pas propice \u00e0 voir s\u2019\u00e9panouir une \u00e2me troubl\u00e9e comme celle de Fleck. <em>Joker<\/em> se veut sans surprise une gen\u00e8se du vilain iconique de l\u2019univers DC. Un peu \u00e0 la fa\u00e7on de la trilogie <em>Dark Knight<\/em> de Christopher Nolan, Phillips tente de pr\u00e9senter le plus r\u00e9alistement possible comment un personnage comme le Joker aurait pu exister. Et on y croit.<\/p>\n<p>La grande majorit\u00e9 du film juxtapose des \u00e9pisodes malheureux de la vie de Fleck et sa descente aux enfers, tant physique que morale, menant \u00e9ventuellement \u00e0 la \u00ab\u00a0naissance\u00a0\u00bb du Joker. On passe de tabassages en tabassages dans une l\u00e9g\u00e8re gradation peut-\u00eatre un peu trop lente. On constate d\u00e8s les premi\u00e8res minutes qu\u2019on est loin du typique film de super-h\u00e9ros (ou plut\u00f4t de super-vilain). <em>Joker<\/em> se veut plus une \u00e9tude de personnage qu\u2019un film d\u2019action traditionnel ; il ne fait d\u2019ailleurs pas partie du <em>DC Universe<\/em>. Le film est en effet tr\u00e8s lent, et met beaucoup l\u2019accent sur les malheurs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de Fleck. Avons-nous vraiment besoin de le voir par trois fois se faire brutaliser sans aucune raison? Plusieurs diront que oui, puisque l\u2019intimidation, point tournant qui fait basculer Fleck vers la n\u00e9vrose, est plus souvent caus\u00e9e par la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019\u00e9v\u00e9nements n\u00e9fastes que par un incident isol\u00e9. D\u2019autres seront plut\u00f4t de l\u2019avis que ces r\u00e9p\u00e9titions rendent compte du peu de profondeur ou de cr\u00e9ativit\u00e9 du sc\u00e9nario. La r\u00e9ponse se situe probablement dans un \u00e9quilibre entre ces deux \u00e9l\u00e9ments, et l\u2019\u00e9quilibre est malheureusement absent de <em>Joker<\/em>.<\/p>\n<p>Pour un film d\u2019une dur\u00e9e de deux heures, on se d\u00e9sole que la transformation de Fleck en Joker ne survienne que tr\u00e8s tard dans l\u2019histoire. Il faut en effet pr\u00e8s d\u2019une heure et demie avant que le film prenne son envol &#8211; pour le mieux, heureusement, puisque la finale est tr\u00e8s satisfaisante. On aurait effectivement pris plus de ces derniers moments forts en intensit\u00e9. Qu\u2019importe, les probl\u00e8mes de rythme sont la seule critique n\u00e9gative que l\u2019on puisse faire \u00e0 <em>Joker<\/em>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1241\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/joker4.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"562\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/joker4.jpg 1000w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/joker4-300x169.jpg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/joker4-150x84.jpg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/01\/joker4-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/p>\n<p><strong>Une performance sublime de Joaquin Phoenix<\/strong><\/p>\n<p>Si le r\u00f4le du Joker vient avec de grandes responsabilit\u00e9s (et surtout une pression immense) on ne peut encenser suffisamment la performance exceptionnelle de Joaquin Phoenix. Personne ne peut demeurer indiff\u00e9rent \u00e0 son rire troublant, semi \u00e9touff\u00e9, semi douloureux, ou encore \u00e0 sa physionomie rachitique rappelant les pertes de poids extr\u00eames typiques d\u2019un Christian Bale. On a l\u2019impression que le Joker est \u00e9touff\u00e9 sous la personnalit\u00e9 d\u2019Arthur Fleck, et qu\u2019il ne cherche qu\u2019\u00e0 finalement \u00e9merger. C\u2019est un r\u00f4le qui semble sur mesure pour cet acteur adepte de la m\u00e9thode Stanislavski, consistant en une int\u00e9riorisation extr\u00eame de son personnage pour le rendre plus authentique. Phoenix peut certainement aspirer aux grands honneurs en f\u00e9vrier prochain, malgr\u00e9 une comp\u00e9tition f\u00e9roce \u00e0 ce chapitre.<\/p>\n<p>Le film peut se vanter d\u2019avoir une distribution de haut niveau, bien que Phoenix en soit v\u00e9ritablement au c\u0153ur. Du lot, Zazie Beetz, interpr\u00e9tant la voisine de Fleck ainsi que sa copine, joue particuli\u00e8rement bien, tout comme Frances Conroy. Robert De Niro, incarnant l\u2019humoriste idole de Fleck Murray Franklin, est \u00e9gal \u00e0 lui-m\u00eame, mais peut-\u00eatre un peu trop absent de l\u2019histoire. On aurait cependant pu souhaiter un meilleur antagoniste.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9flexion sociale essentielle, mais r\u00e9chauff\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p><em>Joker <\/em>est une \u00e9tude de personnage assez approfondie, et on ne peut que saluer Phillips et Scott Silver, les co-sc\u00e9naristes. Si l\u2019histoire n\u2019a rien de fondamentalement novateur, le crescendo menant \u00e0 la sc\u00e8ne finale est particuli\u00e8rement efficace, malgr\u00e9 les probl\u00e8mes d\u2019\u00e9quilibre pr\u00e9c\u00e9demment mentionn\u00e9s. Un peu trop moralisateur peut-\u00eatre, le film est cruellement actuel \u00e0 plusieurs niveaux. En fait, il est particuli\u00e8rement efficace pour illustrer la formation de mouvements fanatiques. Comment, en effet, un personnage aussi fou que le Joker peut avoir des adeptes qui le suivent dans ses folies? Tout en subtilit\u00e9, le film propose possiblement la meilleure justification \u00e0 cet \u00e9gard. Il se veut \u00e9galement une r\u00e9flexion sur la cruaut\u00e9 et la violence sociale, peut-\u00eatre un peu moins bien ex\u00e9cut\u00e9e toutefois qu\u2019un <em>Fight Club<\/em> ou qu\u2019un <em>Natural Born Killer<\/em>, mais tout aussi efficace.<\/p>\n<p>Alors, que penser de <em>Joker<\/em>? C\u2019est assur\u00e9ment un tour de force de Phillips, qui a su tirer \u00e0 profit la popularit\u00e9 des films inspir\u00e9s de <em>comics<\/em> pour en faire l\u2019un des plus gros films d\u2019auteurs. Son succ\u00e8s commercial pavera peut-\u00eatre la voie \u00e0 plus de prises de risques de la part des gros studios hollywoodiens (un bon d\u00e9part serait de ne pas ouvrir la porte \u00e0 une \u00e9ventuelle \u2013 et tr\u00e8s probable \u2013 suite \u00e0 cette premi\u00e8re histoire du vilain). Il est ind\u00e9niable que <em>Joker<\/em> ne plaira pas \u00e0 tout le monde. Le film a d\u2019incroyables qualit\u00e9s, passant par une ambiance des ann\u00e9es 1980 particuli\u00e8rement r\u00e9ussie rappelant <em>Taxi Driver <\/em>et <em>The King of Comedy<\/em>, une trame sonore impeccable sign\u00e9e Hildur Gu\u00f0nad\u00f3ttir (<em>Chernobyl<\/em>) et une image tr\u00e8s styl\u00e9e. Par contre, la lenteur, bien que justifi\u00e9e, sera suffisante pour en rebuter plus d\u2019un. Au final, suivant le visionnement du film, on est aux prises avec plusieurs sentiments paradoxaux\u00a0: on s\u2019ennuie, mais on a du plaisir ; on se sent \u00e0 la fois empathique, mais un peu trop d\u00e9tach\u00e9 ; on le trouve r\u00e9p\u00e9titif, mais original. Bref, on aime ou on d\u00e9teste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette critique a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans le journal Le Collectif. Pour consulter la critique originale, cliquez ici. 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