{"id":2375,"date":"2020-05-28T21:08:10","date_gmt":"2020-05-28T19:08:10","guid":{"rendered":"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/?p=2375"},"modified":"2020-05-28T21:26:24","modified_gmt":"2020-05-28T19:26:24","slug":"high-and-low","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/2020\/05\/28\/high-and-low\/","title":{"rendered":"Tengoku to jigoku (High and Low)"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2376\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-2.jpeg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"576\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-2.jpeg 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-2-300x169.jpeg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-2-150x84.jpeg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-2-768x432.jpeg 768w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-2-1536x864.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1073\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2019\/12\/Rating-45-e1578868489313.png\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"30\" \/><\/p>\n<p>On associe beaucoup Akira Kurosawa aux films de samurai, et avec raison. Il a fait la renomm\u00e9e du Japon \u00e0 l\u2019internationale avec des succ\u00e8s comme <a href=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/2020\/04\/10\/seven-samurai\/\"><em>Seven Samurai<\/em><\/a>, <em>The Hidden Fortress<\/em>, <em>Yojimbo<\/em> et <em>Rashomon<\/em>, parmi tant d\u2019autres. C\u2019est donc normal que <em>High and Low<\/em>, de prime abord, fasse contraste dans la filmographie du r\u00e9alisateur. Une histoire de kidnapping dans le Japon des ann\u00e9es 1960 n\u2019est pas le r\u00e9cit typique d\u2019un Kurosawa. Pourtant, il y semble aussi \u00e0 l\u2019aise que lorsqu\u2019il tourne ses films \u00e9piques, et parvient \u00e0 \u00e9lever une histoire polici\u00e8re typique au niveau de quasi-chef-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Parlons d\u2019abord du sc\u00e9nario qui, nous devons l\u2019admettre, est tout simplement fabuleux. L\u2019histoire se divise en trois parties. Dans la premi\u00e8re, on suit l\u2019industriel Kingo Gondo (Toshir\u00f4 Mifune, l\u2019\u00e9ternel collaborateur de Kurosawa) qui, en secret, tente de prendre le contr\u00f4le de la compagnie pour laquelle il travaille en achetant la majorit\u00e9 des actions pour faire face \u00e0 un conglom\u00e9rat d\u2019actionnaires qui veulent maximiser les profits de la National Shoes Company en diminuant la qualit\u00e9 et la durabilit\u00e9 des souliers pour femmes (de l\u2019obsolescence programm\u00e9e, en quelque sorte). Alors que Gondo doit finaliser l\u2019achat des parts d\u2019un autre actionnaire (au co\u00fbt de 50 millions de yens), il re\u00e7oit un appel l\u2019informant qu\u2019on a kidnapp\u00e9 son fils Jun (Toshio Egi), et qu\u2019on lui demande une ran\u00e7on de 30 millions. Malgr\u00e9 le fait qu\u2019il ait hypoth\u00e9qu\u00e9 tout ce qu\u2019il poss\u00e8de pour amasser la somme de 50 millions, il assure \u00eatre pr\u00eat \u00e0 payer n\u2019importe quel prix pour sauver son fils. Seul hic\u00a0: il apprend rapidement que ce n\u2019est pas Jun, mais bien Shinichi (Masahiko Shimazu), le fils du chauffer de Gondo, qui a \u00e9t\u00e9 ravi. Il se retrouve alors devant un dilemme\u00a0: payer la somme pour un enfant qui n\u2019est pas le sien (et ainsi perdre ses actions dans la compagnie et, essentiellement, tous ses biens) ou poursuivre son plan et prendre possession de la compagnie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2378\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-4.jpeg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"576\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-4.jpeg 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-4-300x169.jpeg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-4-150x84.jpeg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-4-768x432.jpeg 768w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-4-1536x864.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p>Cette premi\u00e8re partie pourrait constituer le film \u00e0 elle seule, mais elle n\u2019occupe qu\u2019environ 40 minutes sur un total de 143. L\u2019action prend exclusivement place dans le salon de la r\u00e9sidence de Gondo, qui offre en plus une magnifique vue de la ville de Yokohama (c\u2019\u00e9tait la v\u00e9ritable vue du studio, par ailleurs). On est donc plus dans le th\u00e9\u00e2tre film\u00e9 que dans le cin\u00e9ma pur et dur. Alors qu\u2019on est en mesure de croire que l\u2019histoire se d\u00e9roulera en huis clos, Gondo d\u00e9cide finalement de payer la ran\u00e7on (dans un magnifique segment tourn\u00e9 dans un v\u00e9ritable train \u00e0 haute vitesse), et le 2e acte d\u00e9bute. Celui-ci se concentre davantage sur l\u2019enqu\u00eate de la police qui souhaite trouver le coupable et rembourser le montant \u00e0 son propri\u00e9taire. Ce sont les d\u00e9tectives Tokura (Tatsuya Nakadai) et Tagushi (Kenjir\u00f4 Ishiyama) qui doivent remonter la source de chaque indice qu\u2019ils poss\u00e8dent. Cette section est particuli\u00e8rement int\u00e9ressante, puisqu\u2019on voit comment sont men\u00e9es les enqu\u00eates, et comment chaque indice est important dans ce genre de situation. Ayant trouv\u00e9 le coupable, ils d\u00e9cident de lui tendre un pi\u00e8ge pour le prendre en flagrant d\u00e9lit, et cette embuscade constitue essentiellement la 3e partie du film, o\u00f9 le dialogue laisse place \u00e0 l\u2019observation de la part des enqu\u00eateurs.<\/p>\n<p>R\u00e9p\u00e9tons-le \u00e0 nouveau : le sc\u00e9nario est un tour de force. Son aspect th\u00e9\u00e2tral pr\u00e9c\u00e9demment mentionn\u00e9 est tout simplement parfait, et dose chacune des parties \u00e0 merveille. Librement inspir\u00e9 du roman \u00ab King\u2019s Ransom \u00bb d\u2019Ed McBain (le pseudonyme d\u2019Evan Hunter), Kurosawa et ses sc\u00e9naristes r\u00e9currents (Hideo Oguni, Ry\u00fbzo Kikushima et Ejiro Hisaita) montent une histoire bien ficel\u00e9e ou rien n\u2019est inutile et tout est chor\u00e9graphi\u00e9. Chaque ligne de dialogue est importante pour bien comprendre les subtilit\u00e9s du cas, surtout lors du 2e acte. J\u2019avoue tout de m\u00eame avoir ressenti une certaine longueur, un essoufflement m\u00eame lors de la 3e partie, puisque je n\u2019en voyais de prime abord pas la pertinence. Toutefois, elle rev\u00eat une importance capitale, et est si bien organis\u00e9e qu\u2019on ne peut que saluer le g\u00e9nie de Kurosawa qui parvient \u00e0 rendre le kidnappeur (Tsutomu Yamazaki) particuli\u00e8rement mesquin. Le r\u00e9cit est en effet bien plus qu\u2019une \u00e9ternelle lutte de classe (d\u2019o\u00f9 le titre) : c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un homme de la classe populaire qui, s\u2019\u00e9tant \u00e9lev\u00e9 socialement, est retomb\u00e9 encore plus bas. J\u2019oserais m\u00eame dire que le sc\u00e9nario est si bien forg\u00e9 qu\u2019il est du calibre d\u2019une pi\u00e8ce de Shakespeare. Ce n\u2019est pas rien!<\/p>\n<p>Certains diront peut-\u00eatre que Kurosawa a jou\u00e9 gros en \u00ab\u00a0r\u00e9glant\u00a0\u00bb le kidnapping apr\u00e8s les 40 premi\u00e8res minutes. Cela enl\u00e8ve \u00e9videmment tout suspense dans le reste du film, et on ne ressent certes pas la tension pr\u00e9sente dans un film policier du type \u00ab\u00a0course contre la montre\u00a0\u00bb. C\u2019est un argument valable, mais qui pour ma part ne m\u2019a pas d\u00e9plu. On prend plaisir \u00e0 voir se d\u00e9rouler l\u2019enqu\u00eate, et c\u2019\u00e9tait suffisant pour moi. En fait, je constate que le r\u00e9cit a souvent cet aspect anti-climatique qui peut laisser certains spectateurs pantois. On voit \u00e0 quelques reprises les policiers se tromper dans leurs d\u00e9ductions, les menant ainsi sur de fausses pistes. La sc\u00e8ne finale, quant \u00e0 elle un simple dialogue entre Gondo et le kidnappeur \u00e0 la prison, donne l\u2019impression qu\u2019un dernier revirement de situation est \u00e0 venir. Il n\u2019en est rien, mais cette sc\u00e8ne est si bien rendue et lourde qu\u2019elle a r\u00e9compens\u00e9 les 2h30 de visionnement.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2377\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-3.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"435\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-3.jpg 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-3-300x128.jpg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-3-150x64.jpg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/High-and-Low-3-768x326.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p>Le jeu des acteurs n\u2019occupe pas une place importante dans <em>High and Low<\/em>. Certes, on y retrouve une fois de plus le fameux Mifune, mais qui n\u2019est pr\u00e9sent que dans la premi\u00e8re partie du film ainsi que dans la fantastique sc\u00e8ne finale. Il est tout de m\u00eame rafra\u00eechissant de le voir dans un autre r\u00f4le que celui d\u2019un samurai, qu\u2019il a incarn\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises dans le cin\u00e9ma de Kurosawa et d\u2019Inagaki, notamment. Ce sont plut\u00f4t les anonymes policiers et le charismatique, mais absent vilain (et ses lunettes de soleil miroitantes, rappelant presque le personnage d\u2019Elijah Wood dans <em>Sin City<\/em>) qui font avancer l\u2019histoire. On est davantage dans un film policier que dans une \u00e9tude de personnage. Ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement mauvais, mais il est difficile de s\u2019attacher \u00e0 l\u2019un d\u2019eux, malheureusement.<\/p>\n<p><em>High and Low<\/em>, c\u2019est surtout pour moi une tr\u00e8s belle surprise parmi la filmographie impressionnante de Kurosawa. Il repr\u00e9sente ce qui fait de lui l\u2019un des meilleurs r\u00e9alisateurs de l\u2019histoire\u00a0: une mise en sc\u00e8ne brillante digne de ses plus grands films \u00e9piques (notez comment chaque personnage est plac\u00e9 dans les sc\u00e8nes), une histoire prenante, des sc\u00e8nes spectaculaires et marquantes (je ne croyais pas voir une sc\u00e8ne d\u2019<em>overdose<\/em> \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne dans l\u2019un de ses films, surtout pas en 1963) et un visionnement qui ne vous laissera pas indiff\u00e9rent. Il s\u2019\u00e9l\u00e8ve aux c\u00f4t\u00e9s de <em>Rashomon<\/em> dans mon palmar\u00e8s des meilleurs films de Kurosawa \u00e0 ce jour.<\/p>\n<p><em>Fait partie de la <a href=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/collection-criterion\/\">Collection Criterion<\/a> (#24).<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On associe beaucoup Akira Kurosawa aux films de samurai, et avec raison. 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