{"id":2415,"date":"2020-05-28T22:07:49","date_gmt":"2020-05-28T20:07:49","guid":{"rendered":"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/?p=2415"},"modified":"2020-05-28T22:45:11","modified_gmt":"2020-05-28T20:45:11","slug":"alphaville-une-etrange-aventure-de-lemmy-caution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/2020\/05\/28\/alphaville-une-etrange-aventure-de-lemmy-caution\/","title":{"rendered":"Alphaville, une \u00e9trange aventure de Lemmy Caution (Alphaville)"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2420\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-6.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"576\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-6.jpg 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-6-300x169.jpg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-6-150x84.jpg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-6-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1074\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2019\/12\/Rating-4-e1578868479280.png\" alt=\"\" width=\"128\" height=\"30\" \/><\/p>\n<p>Peu de gens associent la Nouvelle Vague fran\u00e7aise et la science-fiction. Pourtant, on attribue souvent la fin de ce courant cin\u00e9matographique \u00e0 deux films de Jean-Luc Godard sortis en 1965\u00a0: <em>Pierrot le Fou <\/em>et <em>Alphaville, une \u00e9trange aventure de Lemmy Caution <\/em>(ou tout simplement <em>Alphaville<\/em>). On comprend ais\u00e9ment que ce dernier n\u2019est pas le typique film d\u2019auteur\u00a0: oui, il poss\u00e8de les codes de la Nouvelle Vague, mais il met en sc\u00e8ne un personnage issu d\u2019une s\u00e9rie de romans \u00e0 10 sous (<em>pulp novels<\/em>) relativement populaire en France et en Allemagne \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et que Eddie Constantine avait interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises d\u00e9j\u00e0.<em> Alphaville<\/em> est de la Nouvelle Vague, oui, mais c\u2019est aussi un film de science-fiction atypique, se m\u00ealant en grande partie au film-noir. Le tout fait d\u2019<em>Alphaville<\/em> un film tr\u00e8s particulier, qui ne vous laissera pas indiff\u00e9rent.<\/p>\n<p>L\u2019histoire suit l\u2019agent secret des Pays Ext\u00e9rieurs Lemmy Caution (Constantine) qui, voyageant sous l\u2019alias du journaliste du Figaro-Pravda (quelle alliance!) Ivan Johnson, vient faire enqu\u00eate \u00e0 Alphaville, sorte de ville futuriste dirig\u00e9e par le m\u00e9ga-ordinateur Alpha 60. Son mandat est triple\u00a0: d\u2019abord, il doit trouver l\u2019agent disparu Henri Dickson (Akim Tamiroff), ensuite, il doit capturer ou tuer le cr\u00e9ateur d\u2019Alphaville, le professeur von Braun (Howard Vernon), et enfin il entend d\u00e9truire la ville <em>et<\/em> Alpha 60, qui a son emprise sur tous les aspects d\u2019Alphaville et ses habitants, tel un Big Brother \u00e0 la <em>1984<\/em>. En fait, il y a beaucoup de parall\u00e8les \u00e0 faire entre la fameuse dystopie d\u2019Orwell et <em>Alphaville<\/em>. L\u2019ordinateur emp\u00eache la conscience et les concepts individualistes (l\u2019amour, la po\u00e9sie, l\u2019\u00e9motion) aupr\u00e8s de la population, les rempla\u00e7ant par la raison, la science, et la collectivit\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Les gens ne doivent pas dire \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0\u00e0 cause\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0\u00bb Il y a m\u00eame un dictionnaire, nomm\u00e9 La Bible, auquel les habitants peuvent se r\u00e9f\u00e9rer pour savoir ce qui est acceptable et ce qui ne l\u2019est pas. On est donc tr\u00e8s proche du Novlangue orwellien.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2416\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-2.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"655\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-2.jpg 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-2-300x192.jpg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-2-150x96.jpg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-2-768x492.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p>Tel que mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, <em>Alphaville<\/em> allie \u00e0 perfection le film-noir et la science-fiction. Caution est l\u2019arch\u00e9type de l\u2019enqu\u00eateur sorti des ann\u00e9es 1950\u00a0: l\u2019imperm\u00e9able (qu\u2019on suppose kaki), le visage cicatris\u00e9 et sombre, la musique beaucoup trop sensationnaliste, la voix grave et l\u2019aspect sinistre. Il est constamment s\u00e9duit par la gente f\u00e9minine (ou les \u00ab\u00a0S\u00e9ductrices classe 3\u00a0\u00bb), ces robots dont le seul but est de satisfaire les besoins des r\u00e9sidents de l\u2019h\u00f4tel, ainsi que par Natacha von Braun (Anna Karina), la fille du c\u00e9l\u00e8bre professeur. C\u2019est elle qui informera Caution sur la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Alphaville. On serait dans un typique film-noir si ce n\u2019\u00e9tait des dialogues du film qui, eux, indiquent clairement que nous sommes dans une dystopie. En effet, tous les d\u00e9cors sont authentiques du Paris des ann\u00e9es 1960\u00a0: aucun d\u00e9cor futuriste, aucuns effets sp\u00e9ciaux, rien n\u2019indique qu\u2019on se trouve dans le futur si on regarde le film en sourdine. La plupart des dystopies sont ancr\u00e9es dans une r\u00e9alit\u00e9 assez proche de la n\u00f4tre, mais <em>Alphaville<\/em> sort tout droit du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Pourtant, on est constamment ramen\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 que nous ne connaissons pas, \u00e0 commencer par Alpha 60 et sa narration, faite par une personne ayant eu une trach\u00e9otomie. Cette voix nous d\u00e9contenance, et rend l\u2019ambiance tr\u00e8s lourde et d\u00e9sagr\u00e9able. Elle est souvent accompagn\u00e9e de n\u00e9ons qui repr\u00e9sentent des formules math\u00e9matiques, ou encore d\u2019une image rayonnante, point\u00e9e directement vers la cam\u00e9ra. On ne s\u2019habitue tout simplement pas \u00e0 Alpha 60. Toutes les sc\u00e8nes ext\u00e9rieures sont \u00e9galement tourn\u00e9es en pleine nuit, alors qu\u2019il y mouille ou qu\u2019il y pleuve selon si on se trouve dans le quartier sud ou nord de la ville. Cela permet de suffisamment dissocier Paris d\u2019Alphaville, et on peut tr\u00e8s bien s\u2019imaginer \u00eatre dans un futur pas si \u00e9loign\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2419\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-5.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"779\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-5.jpg 1000w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-5-300x234.jpg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-5-150x117.jpg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-5-768x598.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/p>\n<p>Constantine n\u2019est pas si attachant, mais cadre tr\u00e8s bien dans le st\u00e9r\u00e9otype de son personnage. Le charme provient plut\u00f4t de Karina. Il se d\u00e9veloppe une sorte d\u2019amour improbable entre les deux, mais Karina, sous l\u2019emprise d\u2019Alpha 60, tente de comprendre les mots de son interlocuteur. Elle apprend un peu \u00e0 t\u00e2tons ce qui caract\u00e9rise un \u00eatre humain et tente d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de dire \u00ab\u00a0je vous aime\u00a0\u00bb \u00e0 Constantine. Ce sont les deux seuls vrais personnages du film, les autres \u00e9tant plut\u00f4t anecdotiques ou peu pr\u00e9sents.<\/p>\n<p><em>Alphaville <\/em>est un film qui m\u2019a beaucoup fait r\u00e9fl\u00e9chir. Il ne nous donne pas toutes les cl\u00e9s pour bien comprendre son univers, un peu \u00e0 la fa\u00e7on de <em>Brazil <\/em>ou de <em>Twelve Monkeys<\/em> (les deux de Terry Gilliam, qui allie dystopie et humour absurde). Il nous attaque de toute part, que ce soit avec ses jeux de lumi\u00e8re, ses plans particuliers, ou ses dialogues qui nous donnent de bien minces indices sur la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Alphaville. C\u2019est un film qui, \u00e0 mon avis, m\u00e9rite qu\u2019on le visionne deux fois\u00a0: une premi\u00e8re pour bien \u00eatre d\u00e9contenanc\u00e9 et savoir o\u00f9 l\u2019histoire se dirige, et une seconde pour porter attention aux citations et dialogues, qui sont parfois assez po\u00e9tiques. Godard a cru bon d\u2019y inclure de nombreuses citations de Louis-Ferdinand C\u00e9line, Jorge Luis Borges et Paul Eluard, entre autres, qui ancrent un peu le r\u00e9cit dans le pr\u00e9sent des ann\u00e9es 1960. Le sc\u00e9nario n\u2019a pas, je crois, une si grande profondeur, mais il y a une beaut\u00e9 qui s\u2019en d\u00e9gage et qui m\u2019a donn\u00e9 le go\u00fbt de m\u2019y attarder \u00e0 nouveau. Qui sait, peut-\u00eatre que mon appr\u00e9ciation du film sera bonifi\u00e9e au deuxi\u00e8me visionnement! Quoi qu\u2019il en soit, <em>Alphaville<\/em> est, comme la grande majorit\u00e9 de la filmographie de Godard, un film polarisant. On aime, ou on d\u00e9teste. Pour ma part, j\u2019ai ador\u00e9, et il est en voie de devenir l\u2019un de mes films pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de science-fiction, rien de moins.<\/p>\n<p><em>Fait partie de la <a href=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/collection-criterion\/\">Collection Criterion<\/a> (#25)<\/em><\/p>\n<p><em>Fait partie des <a href=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/1001-films-a-voir\/\">1001 films \u00e0 voir avant de mourir<\/a>.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2418\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-4.png\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"640\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-4.png 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-4-300x188.png 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-4-150x94.png 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/05\/Alphaville-4-768x480.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peu de gens associent la Nouvelle Vague fran\u00e7aise et la science-fiction. 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