{"id":2737,"date":"2020-06-17T03:37:21","date_gmt":"2020-06-17T01:37:21","guid":{"rendered":"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/?p=2737"},"modified":"2020-06-17T03:37:21","modified_gmt":"2020-06-17T01:37:21","slug":"andrei-rublev","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/2020\/06\/17\/andrei-rublev\/","title":{"rendered":"Andrei Rublev"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2762\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-3.jpeg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"512\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-3.jpeg 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-3-300x150.jpeg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-3-150x75.jpeg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-3-768x384.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1076\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2019\/12\/Rating-3-e1578868461161.png\" alt=\"\" width=\"95\" height=\"30\" \/><\/p>\n<p>Je crois d\u00e9clarer avant toute chose que je ne suis pas un amateur du cin\u00e9ma d&rsquo;Andrei Tarkovsky. Similaire en plusieurs point \u00e0 celui de Terrence Malick, le cin\u00e9ma du r\u00e9put\u00e9 r\u00e9alisateur russe se veut tr\u00e8s po\u00e9tique, et repose grandement sur une mise en sc\u00e8ne styl\u00e9e et une direction photo exemplaire. C&rsquo;est un style que j&rsquo;appr\u00e9cie, mais qui \u00ab\u00a0passe ou casse\u00a0\u00bb dans mon cas. Ces deux r\u00e9alisateurs ne cessent de m&rsquo;impressionner, mais j&rsquo;ai beaucoup de difficult\u00e9 \u00e0 appr\u00e9cier leurs films, qui d\u00e9laissent bien souvent l&rsquo;histoire au profit du visuel. <em>Andrei Rublev<\/em> ne fait malheureusement pas exception \u00e0 la r\u00e8gle.<\/p>\n<p>Le film a connu plusieurs probl\u00e8mes de production et de distribution, et on comprend rapidement pourquoi lorsqu&rsquo;on s&rsquo;attarde \u00e0 la vie de Rublev, ce moine artiste de la Russie du 15e si\u00e8cle. Les d\u00e9tails de sa vie sont myst\u00e9rieux et peu document\u00e9s, mais on raconte qu&rsquo;il aurait eu les yeux crev\u00e9s vers la fin de sa vie pour avoir os\u00e9 signer l&rsquo;une de ses peintures, un geste interdit aux moines \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Tarkovski, plut\u00f4t que de tenter de faire un film biographique sur le peu d&rsquo;informations connues, d\u00e9cide de monter le sc\u00e9nario en diff\u00e9rents segments &#8211; 8 au total, auxquels on ajoute un prologue et un \u00e9pilogue &#8211; qui servent moins \u00e0 pr\u00e9senter en d\u00e9tail la vie du moine qu&rsquo;\u00e0 illustrer diverses th\u00e9matiques se rattachant \u00e0 Rublev, la religion et l&rsquo;art \u00e9videmment au centre du r\u00e9cit. Le produit final se veut un regard sur l&rsquo;expression artistique au sein d&rsquo;un r\u00e9gime d&rsquo;oppression.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2764\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-5.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"512\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-5.jpg 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-5-300x150.jpg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-5-150x75.jpg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-5-768x384.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p>Ce message, port\u00e9 par les deux Andrei &#8211; Rublev au 15e si\u00e8cle et Tarkovsky au 20e &#8211; se lit facilement. Les autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques ont bien \u00e9videmment fait le rapprochement et c&rsquo;est pourquoi il aura fallu trois ans pour que le film soit projet\u00e9 \u00e0 l&rsquo;international (faisant sa premi\u00e8re \u00e0 Cannes, hors comp\u00e9tition, \u00e0 4h du matin, le dernier jour du festival) et cinq ans pour finalement \u00eatre accessible en Union sovi\u00e9tique (sans qu&rsquo;on en fasse la publicit\u00e9, bien \u00e9videmment). Qui plus est, le film a d\u00fb \u00eatre consid\u00e9rablement alt\u00e9r\u00e9, et Tarkovsky aura coup\u00e9 pr\u00e8s de 30 minutes de mat\u00e9riel. Mince consolation : il a lui-m\u00eame pu effectuer les coupures, et non le bureau de la censure. Criterion rend disponibles les deux versions du film sur la plateforme et dans l&rsquo;\u00e9dition physique, mais mentionne que Tarkovsky revendique la plus courte version malgr\u00e9 tout, et c&rsquo;est celle que j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de visionner.<\/p>\n<p>Mais revenons au film. S&rsquo;il ne sert \u00e0 rien de pr\u00e9senter chaque segment du film, certains sont plus parlants que d&rsquo;autres, \u00e0 commencer par le prologue, o\u00f9 l&rsquo;on voit une tentative d&rsquo;un scientifique pour lancer une Montgolfi\u00e8re (\u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;un meilleur terme) au 14e si\u00e8cle, ce qui serait un exploit en soi consid\u00e9rant que l&rsquo;invention n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 revendiqu\u00e9e par les fr\u00e8res du m\u00eame nom qu&rsquo;au 18e si\u00e8cle. L&rsquo;exp\u00e9rience est un succ\u00e8s, mais le groupe responsable de l&rsquo;exp\u00e9rience est attaqu\u00e9 par une foule qui semble vouloir emp\u00eacher le lancement. Elle parvient en partie \u00e0 faire foirer l&rsquo;exp\u00e9rience, et c&rsquo;est l&rsquo;un des multiples exemples que Tarkovsky met en sc\u00e8ne pour illustrer la r\u00e9pression cr\u00e9atrice des artistes et scientifiques de Russie.<\/p>\n<p>Andrei Rublev est pr\u00e9sent\u00e9 dans le premier chapitre du film, o\u00f9 il parcourt la campagne m\u00e9di\u00e9vale avec Kirill et Daniil. Les trois pr\u00e9sentent des artistes aux caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes. Andrei est un observateur, un humaniste qui recherche le bien aupr\u00e8s des gens et qui veut inspirer plut\u00f4t que r\u00e9primer. Daniil est silencieux et r\u00e9sign\u00e9, et plus prompt \u00e0 l&rsquo;art r\u00e9aliste qu&rsquo;\u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9. Kirill manque quant \u00e0 lui de talent en tant que peintre, est jaloux, intelligent et perspicace. Les trois se dirigent vers Moscou. Ce sont les trois personnages principaux, bien qu&rsquo;ils ne soient pas pr\u00e9sents dans tous les segments du film. Le second traite en effet de Th\u00e9ophane le Grec, le mentor de Rublev.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2766\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"576\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev.jpg 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-300x169.jpg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-150x84.jpg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-768x432.jpg 768w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-1536x864.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p>Sans pr\u00e9senter tous les autres segments, le sixi\u00e8me et le huiti\u00e8me sont les plus int\u00e9ressants du lot. Le premier pr\u00e9sente une impressionnante attaque des Tartares sur le monast\u00e8re o\u00f9 loge Rublev. Digne des plus grandes sc\u00e8nes de Kurosawa (pensons \u00e0 l&rsquo;attaque sur le village dans\u00a0<a href=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/2020\/04\/10\/seven-samurai\/\"><em>Seven Samurai<\/em><\/a>), Tarkvosky illustre de grandiose fa\u00e7on la destruction caus\u00e9e par les Tartares, rivaux de la population m\u00e9di\u00e9vale russe. Le second, dans lequel Rublev est pratiquement absent, pr\u00e9sente un jeune homme qui, dit-il, poss\u00e8de les connaissances transmises par son p\u00e8re pour construire une gigantesque cloche qui fera honneur au monast\u00e8re. On apprendra plus tard qu&rsquo;il y est all\u00e9 d&rsquo;instinct (ou d&rsquo;illumination), sans conna\u00eetre la technique au pr\u00e9alable. Un acte divin, rien de moins!<\/p>\n<p>S&rsquo;il se d\u00e9gage (comme je m&rsquo;en doutais) une ambiance visuelle impressionnante, j&rsquo;avoue avoir trouv\u00e9 le film long \u00e0 plusieurs endroits. Il est moins philosophique que <em>Stalker<\/em> du m\u00eame r\u00e9alisateur, mais joue beaucoup sur la po\u00e9sie et le langage. \u00c0 cet \u00e9gard, une deuxi\u00e8me, voire troisi\u00e8me \u00e9coute, pourrait rendre justice au film. Il est effectivement difficile \u00e0 assimiler, puisqu&rsquo;on doit rapidement faire le choix entre lire et analyser les sous-titres, ou regarder les magnifiques plans travaill\u00e9s. J&rsquo;ai pour ma part choisi de d\u00e9laisser le sc\u00e9nario pour cette premi\u00e8re \u00e9coute, ce qui ne m&rsquo;a \u00e9videmment pas donn\u00e9 une bonne exp\u00e9rience de visionnement. Je sentais que je perdais prise sur la trame g\u00e9n\u00e9rale du film, et le film s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 plut\u00f4t interminable, en raison de l&rsquo;incompr\u00e9hension. Je ne peux jeter le bl\u00e2me sur Tarkovsky concernant le sc\u00e9nario, mais force est d&rsquo;admettre que j&rsquo;aurais eu une meilleure exp\u00e9rience si le film avait \u00e9t\u00e9 en fran\u00e7ais ou en anglais.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2761\" src=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-2.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"576\" srcset=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-2.jpg 1024w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-2-300x169.jpg 300w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-2-150x84.jpg 150w, https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2020\/06\/Andrei-Rublev-2-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, j&rsquo;ai trouv\u00e9 que Tarkovsky s&rsquo;attardait beaucoup sur ses plans, comme en amour avec son mat\u00e9riel. Les sc\u00e8nes tra\u00eenent en longueur, et s&rsquo;\u00e9tirent souvent quelques secondes (ou minutes) plus longtemps qu&rsquo;elles ne le devraient. On peut tol\u00e9rer si cela se produit \u00e0 une ou deux reprises, mais ici on compte en dizaines. L&rsquo;objectif est peut-\u00eatre de donner le temps \u00e0 l&rsquo;auditoire d&rsquo;assimiler l&rsquo;information et de se gaver de plans majestueux, mais cela rend le film tr\u00e8s peu dynamique.<\/p>\n<p>Je suis toujours inconfortable de ne pas aimer un film qui est salu\u00e9 par la critique et qui est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des plus grands films de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma. Je le compare beaucoup \u00e0\u00a0<em><a href=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/2020\/04\/21\/the-seventh-seal\/\">The Seventh Seal<\/a>\u00a0<\/em>\u00e0 cet \u00e9gard, puisque ce sont deux films tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9s qui m&rsquo;ont d\u00e9\u00e7u. Je demeure toutefois ouvert d&rsquo;esprit, et serait pr\u00eat \u00e0 le revisionner puisque je sais \u00e0 quoi m&rsquo;attendre maintenant, mais je crois que je m&rsquo;identifie plus \u00e0 Daniil et son esprit r\u00e9aliste, pragmatique. J&rsquo;ai besoin d&rsquo;une histoire bien ficel\u00e9e, une histoire que je n&rsquo;ai jamais vue auparavant, pour vraiment plonger dans un film. C&rsquo;est probablement parce que je ne me consid\u00e8re pas un artiste que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 peu interpell\u00e9 par le message du film. Peut-\u00eatre qu&rsquo;en 1966, mon exp\u00e9rience aurait \u00e9t\u00e9 totalement diff\u00e9rente. Vu en 2020, <em>Andrei Rublev\u00a0<\/em>est plus int\u00e9ressant pour sa repr\u00e9sentation du monde m\u00e9di\u00e9val et pour l&rsquo;histoire derri\u00e8re le film que par son message intrins\u00e8que.<\/p>\n<p><em>Fait partie de la <a href=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/collection-criterion\/\">Collection Criterion<\/a> (#34).<\/em><\/p>\n<p><em>Fait partie des <a href=\"https:\/\/historiamatica.ca\/cine-histoire\/1001-films-a-voir\/\">1001 films \u00e0 voir avant de mourir<\/a>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je crois d\u00e9clarer avant toute chose que je ne suis pas un amateur du cin\u00e9ma d&rsquo;Andrei Tarkovsky. 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