D’ici la fin du mois de septembre, je devrai déposer le sujet final de mémoire. Même si je suis entré officiellement à la maîtrise depuis janvier 2019, ma quête réflexive s’est amorcée il y a plus d’un an et demi lors de ma rencontre avec mon directeur de recherche, mon mentor, le Pr Tristan Landry. Depuis cette rencontre, l’objet de mon enquête s’est précisé, passant d’un cadre temporel de 200 ans à 20 ans, et d’un cadre géographique passant progressivement de la France, à l’Alsace et finalement à Strasbourg. Ce billet de blog sera donc l’occasion de présenter mon sujet et mes objectifs pour la prochaine année et demie.

Sujet

Mon objet d’étude peut-être rapidement définit comme l’étude du « système alimentaire strasbourgeois ». Plus précisément, je m’intéresse dans mon mémoire à l’évolution du système alimentaire de Strasbourg durant l’entre-deux-guerres (1919-1939). Cette période correspond entre autres au retour de l’Alsace à la France suite au Traité de Versailles de 1919, mais plus encore à une période changeante prise entre années folles et grande dépression, espérance d’une paix durable et montrée des nationalismes, volonté de retour à la France et émergence de l’autonomisme alsacien, etc.

Ma problématique pourrait donc aller comme suit: « Comment le système alimentaire strasbourgeois s’est-il transformé durant l’entre-deux-guerres (1919-1939)? Dans quelle mesure ces transformations dépendent-elles des changements socioculturels, économiques ou politiques et de la nature spatiale de ces phénomènes? ».

Cadre conceptuel

Par système alimentaire, j’entends un « réseau interdépendant d’acteurs […] localisé dans un espace géographique donné […] et participant directement ou indirectement à la création de flux de biens et de services orientés vers la satisfaction des besoins alimentaires […] » [Rastoin & Ghersi, 2010, p. 19]. La précédente définition est tirée d’un ouvrage majeur, « Le système alimentaire mondial – Concepts et méthodes, analyses et dynamiques », qui fut produit par les successeurs intellectuels de Louis Malassis, premier en France à vouloir étudier l’alimentation par une approche systémique. Ce dernier décrivait à l’origine ce concept comme « la manière dont les hommes s’organisent, dans l’espace et dans le temps, pour obtenir et consommer leur nourriture » [Malassis, 1994].

Si l’approche de Rastoin est définitivement adaptée au contexte récent, elle en demeure essentiellement centrée sur l’aspect économique de l’alimentation. La définition de Louis Malassis, moins économique, trace une voie à la réflexion historienne du système alimentaire. D’autres historiens se sont penchés sur des concepts similaires, mais de façon moins systémique.

SIGHA et sources

Pour mener à bien ce projet, je souhaite créer un « Système d’information géographique historique alimentaire » (SIGHA). Ce concept-valise est comme vous pouvez l’imaginer un mélange entre un système d’information géographique et un système alimentaire. En effet, la création d’un système d’information géographique me parait particulièrement adaptée au concept de Malassis ou Rastoin, car les deux définitions partent d’un même fondement, celui de l’analyse systémique, et donc, des structures. De même, les deux font une place au contexte géographique.

La conception de ce SIGHA nécessitera un lot considérable de données géographiques, statistiques et qualitatives. Mon corpus de sources inclut donc les annuaires d’adresse de la ville de Strasbourg entre 1919 et 1939 (21 volumes), une vingtaine de plans de la métropole, des menus et plusieurs journaux strasbourgeois. Un voyage à Strasbourg sera également nécessaire pour explorer les archives de la BNU, les archives départementales du Bas-Rhin et les archives de Strasbourg.

But et intérêt

Ce mémoire vise deux buts distincts. Tout d’abord, il vise à comprendre le système alimentaire de Strasbourg en ressortant les causes, les facteurs et les conséquences qui interagissent dans ces mutations du paysage alimentaire. Il existera bien malgré nous des externalités, mais nous souhaitons produire la meilleure modélisation possible de ce système en intégrant les contextes culturel, économique, écologique, politique, technologique et social. Dans un deuxième temps, ce mémoire vise à développer une méthode pour faciliter la transposition du modèle à d’autres communes, villes, cantons ou régions. Ce deuxième objectif m’est d’autant plus cher que les études alimentaires ne représentent pas uniquement une passion pour moi, mais un champ de recherche utilitaire nécessaire pour surmonter les enjeux contemporains comme la crise environnementale et la mauvaise répartition de la nourriture à travers le monde. En effet, l’alimentation agit comme le pont entre l’être humain et la nature. De même, l’alimentation est un moteur de l’histoire, puisqu’elle est souvent à l’origine, directement ou indirectement, des migrations, des révolutions, des guerres, des systèmes économiques… Étudier l’alimentation, c’est étudier toute la société ! Si boire et manger forme la base de la vie, l’alimentation forme probablement la base de nos sociétés.